En bas Malcom Lowry

The bravest boat

préface de Muriel Richard-Dufourquet

Lettre à Maurice Nadeau


Ah, seul, absolument seul au milieu de l’étendue, au milieu de ces déserts de vagues brutes et pluvieuses, veuves même d’oiseaux de mer?; pris entre les vents contraires, ou dans les grandes houles mortes et sans vent qui font suite aux tempêtes?; et puis de nouveau avec le vent ressuscité soudain et qui soufflait l’écume sur la mer et la chassait comme une averse évocatrice de genèses, giflant le petit navire, lorsqu’il escaladait les cimes jusqu’au ciel où grésillaient des éclairs de cobalt, et puis il retombait au fond du gouffre, mais déjà remontait, tandis que l’océan entier se crêtait d’écume et que l’immense troupeau d’agnelles blanches se pressait sous le vent...
Malcom Lowry


Lowry n’aura jamais écrit que sur les mêmes thèmes, mais diffus ici, noyés dans sa rêverie?: les usines crachant leurs fumées et leurs rougeoiements, la forêt et l’océan, le havre précaire, les cargos sillonnant la mer, les signes et les inscriptions qui jalonnent la folie des hommes, et partout la certitude d’un enfer sous-jacent à toute beauté…
Mais pour une fois, là, dans cette écriture là, arrivé au terme de sa vie, je pense qu’il n’avait pas le choix et qu’entre deux bouteilles il lui fallait jeter ce petit navire sur cet océan magique et que pour une fois cette lettre sur ce petit bateau arriverait à bon port, là où il serait possible que deux êtres se rencontrent, et il les a fait s’aimer comme dans un conte et c’est pourquoi le lecteur aux prises avec ses océans personnels, peut parfois essuyer une larme au bord de ses paupières de papier, il y a là un éden possible qu’il nous fait partager, le vieux Malcolm énumérant pour son amante rêvée les plantes, les oiseaux, les poissons, les animaux comme si nous étions dans le Premier Jardin avec Adam, nommant sans répit les créatures de Dieu.
Muriel Richard-Dufourquet

Un volume de 64 pages limité à 1500 exemplaires sur Olin, qui constituent l’édition originale de The bravest boat.

retour